Mes ancêtres bretons et mayennais


Révolution et contre-révolution dans le pays de Vitré

Avant de rentrer dans la contre-révolution, toutes les communes du district de Vitré ont été révolutionnaire en 1789. Les cahiers de doléances, rédigés en mars et avril 1789, dénoncent notamment les privilèges des nobles mais aussi ceux du clergé (particulièrement ceux du clergé régulier).
Cela dit, dans certaines paroisses, les nobles exercent encore respect et soumission de la part de la population locale. L'enlèvement des armoiries dans les églises ont été plus difficile dans les paroisses de l'est du district que dans l'ouest, notamment à Argentré du Plessis et à Balazé. Les expéditions des gardes nationales du district voisin de la Guerche contre certains châteaux du district de Vitré (pour détruire notamment les colombiers) se heurtent à la résistance de certains officiers municipaux.
Il se dessine alors, une coupure dans le district de Vitré: à l'ouest, les officiers municipaux et la majorité de la population adhèrent beaucoup plus facilement aux idées nouvelles de la révolution que ceux de l'est.
Le district voisin de la Guerche (situé au sud du district de Vitré) est quand à lui franchement révolutionnaire, et aura une influence non négligeable en accentuant les tensions par les actions répétées de ses gardes nationales.

Il est à noter que dans le district de Vitré, l'insurrection contre-révolutionnaire a été spontanée et n'a pas été encadrée par les nobles ou le clergé. La plupart des chouans étaient laboureurs ou tout du moins étaient proche du monde agricole. Peu de chouans arrêtés étaient domiciliés des bourgs, ils habitaient en très grande majorité des hameaux. On retrouve donc un antagonisme important entre gens des villes et gens des campagnes.

Les raisons de cette insurrection trouve son origine dans un mécontentement général contre le nouveau régime et les administrations locales concernant successivement le serment des prêtres en 1791, la levée de 300 000 hommes en 1793, la vente de biens nationaux à partir de 1791, mais aussi la réquisition en céréales ou fourrages, imposée par le directoire du district, à partir de 1793-1794.
L'aggravation de la situation frumentaire aura un impact non négligeable tout au long de la période contre-révolutionnaire.

Le mode d'action des chouans est surtout constitué de rassemblements, dont le point culminant est à la fin de l'année 1793, lors du passage de l'armée vendéenne en Mayenne, qui après avoir pris Laval, se dirige vers Fougères.
De nombreux pillages sont alors commis chez les patriotes et officiers municipaux pour approvisionner les vendéens à Fougères.
Par la suite, les chouans se radicalisent et commettent de plus en plus d'assassinats de patriotes à partir de 1794.

Dans le même temps, à la fin de l'année 1793, de nombreux chouans qui avaient établis leur base dans la forêt du Pertre, sont mis en déroute par un détachement composé du 15e bataillon d'Orléans et du 3e bataillon de la Mayenne ainsi que des gardes nationales de Vitré et de la Guerche. Environ 500 chouans sont fait prisonniers tandis que "le reste est tué".
Ce haut lieu de la chouannerie est pratiquement rayé de la carte.
Mais à partir de janvier 1794, une autre zone prend le relais, se situant dans les communes de Balazé et de St M'Hervé où Jean Chouan et les frères Pinson s'établissent.

Vitré attaquée
Vitré représente pour les villageois insurgés le symbole du nouveau régime, où le directoire impose les nouvelles lois du régime. C'est pour cette raison que le 19 mars 1793, les insurgés décident de se porter sur Vitré pour y délivrer les prisonniers et mettre les canons hors d'usage.
Venus d'Argentré, Erbrée, la Chapelle-Erbrée, St M'Hervé et Balazé, ils se dirigent vers la lande de Vitré. Les autorités du district, averties que des rassemblements se forment autour de la ville, renouvellent et renforcent les postes de gardes aux portes de la ville ainsi que les patrouilles sur les routes; puis, vers 9 heures du matin, le combat s'engage en différents lieux aux environs de la ville, dont notamment au lieu-dit du Pont-Billon.
Pour disperser tous ces attroupements qui menacent d'investir Vitré, les administrateurs du district finissent par ordonner que l'on sorte les canons et que l'on tire sur les insurgés. Le coup de canon va semer le désordre et la déroute dans leurs rangs et, après une dernière alerte à 7 heures du soir, l'ordre est établi. Plusieurs citoyens furent blessés, dans les combats, d'autres désarmés et faits prisonniers et quelques-uns succombèrent, notamment dans le combat qui eut lieu au Pont-Billon.
Il aura suffit d'un coup de canon pour disperser les insurgés.

Vitré abandonnée
Depuis le 23 octobre 1793, date où l'armée vendéenne s'est installée à Laval, la population vitréenne vit dans la crainte. En effet, tout porte à croire que l'armée vendéenne va se porter sur la ville de Rennes. Vitré, qui se trouve sur la route de Laval à Rennes, se retrouve donc menacée.
La menace se précise lorsque les 1er et 2ème novembre, les villes de Mayenne et d'Ernée tombent entre leurs mains. Seulement, au lieu de marcher vers Vitré, ils se dirigent vers Fougères qui est prise le 3 novembre au soir.
À l'annonce de la capitulation de cette ville, les administrateurs du district et les membres de la municipalité décident de quitter Vitré et de se replier sur Rennes avec tous les registres et papiers officiels. La garnison et la majeure partie de la population suivent, si bien que le 4 novembre au soir, la population restée dans la ville pille "les grains, du ritz et du pain".
Les chouans des paroisses voisines, sans doute tenus au courant de l'abandon de la ville font leur entrée le 6 novembre . C'est une sorte de revanche qu'ils prennent sur leur expédition manquée du mois de mars.
Ils vont en effet, faire subir de grands dommages aux locaux de la municipalité , brisant portes et fenêtres; déchirant des papiers concernant les biens des émigrés et les domaines nationaux ainsi que divers archives.
D'autre part, ils pillent les greniers de grains, abattent l'arbre de la liberté, hissent le drapeau blanc à la place du drapeau tricolore et font une réunion dans l'église Notre-Dame.

Voyant que les vendéens marchent sur Granville et que l'étau se relâche autour de Vitré, la population et les corps administratifs rentrent dans leurs foyers et on peut considérer que, le 9 novembre, tout le monde est rentré. Les autorités reprocheront aux administrateurs du district et aux troupes en garnison à Vitré d'avoir un peu trop hâtivement décidé de se replier sur Rennes.

Si vous êtes intéressé par la révolution dans le pays de Vitré, je ne saurais trop vous conseiller le livre de Régine CROSSOUARD: La Révolution dans le district de Vitré - 1789-1795, aux éditions Rue des Scibes, dont cette page s'est largement inspirée.

DOCUMENTS ORIGINAUX

Lettres des administrateurs du district de Vitré aux administrateurs du département d'Ille et Vilaine

le 12 juillet 1793

"Nous ignorons ce qui se passe dans les bois qui nous environnent..."

Archives départementales d'Ille & Vilaine, cote L460
le 17 juillet 1793

"...Quoiqu'il en soit nous ne cederons qu'à la dernière extrémité"

Archives départementales d'Ille & Vilaine, cote L460
le 24 juillet 1793

"Notre seul objet est de maintenir la tranquilité et la sureté de notre territoire"

Archives départementales d'Ille & Vilaine, cote L460
Un jeudi (probablement le lendemain de la prise de Laval soit le 24 octobre 1793)

"Nous ignorons absolument la force de l'ennemi qui s'est emparé de Laval"

Archives départementales d'Ille & Vilaine, cote L460
le 11 brumaire de l'an II (le 1 novembre 1793)

"...malgré nos soins il est possible quelle tombe au pouvoir de l'ennemi"

Archives départementales d'Ille & Vilaine, cote L460
le 23 brumaire de l'an II (le 13 novembre 1793)

"Il faudrait une comision particuliere pour juger les delits"

Archives départementales d'Ille & Vilaine, cote L460
le 29 brumaire de l'an II (le 19 novembre 1793)

"tous les greniers du district ont été pillé, l'arbre de la liberté coupé.."

Archives départementales d'Ille & Vilaine, cote L460
le 21 pluviose de l'an II (le 9 février 1794)

"...Ce moment terrible est arrivé..."

Archives départementales d'Ille & Vilaine, cote 1F1657