Mes ancêtres bretons et mayennais


Guerre de religion dans le pays de Vitré
XVI-XVIIème siècles


C'est à partir du milieu du XVIème siècle que quelques nobles se convertissent aux idées calvinistes dans la région, avec notamment Renée de Rieux, châtelaine de Vitré. Une partie de la bourgeoisie de Vitré lui emboîte le pas. Mais les couches populaires, pas plus que les paroisses rurales, ne semblent touchées, mis à part quelques seigneurs.
Au début, il n'y a pas réellement d'hostilité avec la nouvelle religion. La Bretagne est relativement calme comparée à d'autres régions de France avec notamment le massacre de la St Barthélemy dans plusieurs grandes villes de France.
Il faut dire, qu'en dehors de Vitré, le calvinisme n'a pas eu beaucoup de succès en Bretagne.

En 1583, la ville compte environ 500 à 600 protestants, ce qui représente tout de même environ 10% de la population.
La calme apparent, fait même venir dans la ville des Huguenots qui viennent parfois d'assez loin pour s'y réfugier.
Mais cela ne va pas durer!

En 1582, Philippe Emmanuel de Lorraine-Vaudémont, duc de Mercoeur et de Penthièvre, devient gouverneur de Bretagne.
En 1588, il se range dans le camp de la ligue et fait rentrer ainsi la Bretagne dans la guerre de la ligue en 1589. Les villes de Dinan, Dol, Fougères, Josselin et Montfort sont aux mains de Mercoeur. A l'inverse, les villes de Rennes, Ploërmel et Vitré sont du coté royalistes (qui mêlent catholiques modérés et protestants).
Cependant, contrairement à Rennes et Ploërmel qui sont tenues par des catholiques modérés, Vitré est une place tenue par les calvinistes et certains catholiques sont repoussés dans les faubourgs de la ville.
C'est à ce moment là que la situation devient explosive à Vitré!

Les habitants catholiques des faubourgs de Vitré s'associent avec les paroisses rurales des alentours et vont mener à partir du 23 mars 1589, le siège de la ville de Vitré. Cette insurrection est spontanée et n'a pas été initiée par Mercoeur, même si, très vite, celui-ci instrumentalise le mouvement.
L'insurrection paysanne est de taille: les paysans viennent de 53 paroisses du pays de Vitré et du sud de Fougères pour faire le siège de Vitré!

Sachant que des troupes royalistes arrivent sur Vitré, Mercoeur lève le siège de la ville mais les paysans le maintienne.
Avertis par le son du tocsin, des centaines de paysans accourent de tous cotés, armés d'arquebuses et d'autres armes, pour empêcher le capitaine royaliste Lavardin de sortir de la ville pour rejoindre Rennes. Finalement, Lavardin s'en sort mais avec beaucoup de peine. Les troupes royalistes arrivent et battent assez facilement les paysans "ligueurs" qui tenaient le siège de la ville de Vitré.

La répression des huguenots contre les paroisses ligueuses sera alors terrible.
Nous savons ce qui s'est passé à Etrelles gràce aux évènements retransmis par le recteur de St Martin de Vitré dans les registres des décès:
"Plus de 2 000 hommes prennent le bourg par force et mirent le feu partout ledit bourg, tuant environ 200 personnes, dont le recteur". Sur un vitrail de l'église d'Etrelles, on peut également lire ceci: "Le 21 novembre 1589, après 13 heures de siège, l'église d'Etrelles fut pillée par les huguenots, et son curé Dom Julien Caillel fut tué avec 110 paroissiens".
A Vitré même la répression est sévère: l'église Ste Croix, l'église St Yves et le couvent des augustins sont brûlés par le gouverneur de Vitré.

Après l'abjuration d'Henri IV en 1593 (pour accéder au trône de France), les ligueurs se rallient progressivement au roi, en échange de divers garanties, visant notamment à exclure l'exercice du culte calviniste.
En 1598, l'édit de Nantes autorise la pratique du protestantisme seulement dans les lieux où il était installé avant 1597. Contrairement donc à une idée reçue, l'édit de Nantes ne fait pas vraiment preuve de tolérance car il permet, justement, d'endiguer son expansion.
Cet épisode a été particulièrement dévastatrice dans les paroisses, non seulement sur le plan matériel, mais aussi sur le plan humain. En plus de la guerre, les habitants devaient affronter la misère et l'épidémie en cette fin du XVIème et début du XVIIème.

Même si la guerre est finie avec le ralliement des ligueurs à la cause royaliste, les tensions vont se poursuivre au cours de XVIIème siècle à Vitré. Au début du XVIIème, les différents conflits tournent de plus en plus en faveur des catholiques. En 1621, le gouverneur du château, les portiers et le geôlier, calvinistes, sont remplacés par des catholiques. A partir de 1642, le culte calviniste doit être exercé dans les faubourgs, le temple construit en 1608 près de l'église Notre-Dame étant converti en maison de Ville, en auditoire et en chapelle.
Si les protestants ne représente que 10% de la population, ils restent néanmoins encore très influents. Pour faire contrepoids, apparaît alors une élite catholique dévote et active, très hostile au calvinisme. C'est en 1655 qu'est créée une filiale de la Compagnie du Saint-Sacrement.
Fondée en 1629 à Paris, la Compagnie du Saint-Sacrement est une société agissant dans le secret, ses membres devant demeurés cachés. Son but, qui prône l'engagement apostolique, est la lutte contre le protestantisme, l'assistance aux pauvres et le souci de christianisation accrue de la société que le catéchisme doit assurer. La filiale de Vitré ne compte qu'une quinzaine de membres mais le nombre est volontairement limité pour ne prendre que les membres les plus influents socialement et pour conserver le secret.
L'une des préoccupations principales des confrères, est l"'insupportable" présence des protestants dans la ville.
Ils cherchent tout d'abord à séparer de tous contacts les protestants d'avec les catholiques: empêcher toutes fréquentations amoureuse entre gens calvinistes et jeunes filles catholiques, empêcher des catholiques d'être domestiques ou servantes de familles protestantes.
Le second objectif est plus ambitieux et consiste à obtenir des abjurations. les confrères mettent en place un lieu d'accueil et une aide financière à tous ceux qui ferait abjuration. Les résultats immédiats semblent plutôt décevant. La compagnie réussit la conversion de seulement une dizaine de personnes adultes mais la politique d'endiguement sur le long terme semble plutôt avoir été efficace.
A partir de 1665, le nombre d'abjuration augmente. En 1670, Henri II de la Trémoïlle, prince de Tarente et de Talmont, duc de Thouars, abjure, et l'année suivante, sur ordre du conseil du roi, le temple calviniste est démoli. En 1685, après la promulgation de l'édit de Fontainebleau qui révoque l'édit de Nantes, l'évêque Jean baptiste Beaumanoir se charge personnellement la conversion des communautés vitréennes et rennaises.

D'après "La Révolution des paroisses : Culture paroissiale et Réforme catholique en Haute-Bretagne aux XVIe et XVIIe siècles" par Bruno Restif.